Si le karate aujourd'hui est si populaire en France, c'est grâce à un maître japonais d'exception, Taïji Kase.
Sa disparition, en date du 24 novembre 2004, a laissé la communauté du Karate orpheline d'un guide très important pour notre art martial, et nous prive de l'expérience et de l'enseignement d'un des plus grand karateka. Ceux qui ont pu travailler avec lui et développer leurs techniques savent à quel point Maître Kase était un être d'exception, par sa maîtrise du karate bien sûr, mais surtout par ses qualités qui faisaient de lui un être d'une grande générosité.

À travers ces quelques lignes nous essayerons de présenter l'histoire de ce maître à ceux qui n'ont pas eu la chance de le connaître. Notre présentation est enrichie d'anecdotes recueillies auprès de Sensei A.Verbeeck qui a été l'un de ses plus fidèles assistants.

 

Rechercher la voie à travers le karate

À la fin des années soixante, le karate était une section intégrée à la fédération du Judo. Taïji Kase qui avait auparavant enseigné en Afrique du Sud, a choisi d'accepter l'invitation qui lui avait été lancée de se rendre en France. Au départ, Taïji Kase développa le Karate sous l'égide de la JKA (Japan Karate Association), mais dans les années quatre vingt, il pris ses distances avec la maison mère du karate. Inspiré par sa recherche personnelle, maître Kase avait repoussé le cadre rigide de la pratique "à la japonaise". Sa pratique martiale était imprégnée de ce que l'on nomme la "voie" ("do" en japonais). Pour le maître, le karate est un instrument de construction de soi, qui doit amener chaque pratiquant à regarder avec humilité ses capacités, et chercher sans cesse à se dépasser.

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Sensei Verbeeck nous rapporte que maître Kase utilisait la métaphore suivante pour décrire le karate. Être Karateka, disait-il, c'est avoir pour objectif d'aller puiser de l'eau dans une fontaine alors que vous êtes plus d'une centaine à vouloir y accéder. La route est difficile, semée d'embuches et vous devez faire preuve de beaucoup de détermination. Cependant, une fois que vous atteignez votre but, vous devez être capable de recommencer l'épreuve sans l'ombre d'une hésitation. C'est à ce moment précis que vous serez un karateka de valeur empreint de la voie du guerrier ("budo").

Ses jeunes années conditionnées par la guerre

Cette volonté de se dépasser, Taïji Kase l'intègre dès son plus jeune âge. A sa naissance en 1929 dans la province de Chiba, le jeune Kase est un enfant calme à la santé fragile. Son père qui pratiquait le Judo jugea bon de l'initier à son art pour renforcer sa santé. À une époque, le Japon militariste cherchait à éduquer ses enfants afin qu'ils soient un jour de bon soldat, avec un corps d'acier et un caractère fort. Le destin de Taïji Kase n'était pas différent à cette époque de celui de ses compatriotes, et dès qu'il eut 16 ans, il s'enrola dans la marine, dans la section des pilotes kamikazes.

Mais le destin de maître Kase le détourna d'une mort certaine au crépuscule du 15 août 1945, jour qui marqua la capitulation des forces japonaises dans le conflit de la seconde guerre mondiale. La veille de cette journée, Taïji Kase reçut l'ordre de se préparer pour son action commando, et avec ses frères d'armes, il fêta ce qui devait être son dernier jour. Alors qu'il se préparait à accomplir son devoir au petit matin pour son pays, la mission fut annulée et la vie de maître Kase par là même sauvée. Sensei Verbeeck avait eu l'occasion de recevoir avec son maître sur ce moment. Maître Taïji Kase regardait avec une certaine mélancolie cette période de son histoire. Pour lui, sa mort avait été acceptée pour l'honneur de son pays, devoir annuler l'opération n'avait pas été le soulagement que l'on imagine.

Une pratique du karate dans des situations réelles

Maître Kase avait commencé à apprendre le karate selon les préceptes du fondateur du karate moderne, maître Funakshi, dans un esprit d'extrême dureté et de dévouement total. C'est plutôt Yoshitaka, le fils de Gichin Funakoshi, qui marqua le style de Taïji Kase. En effet, Yoshitaka Funakoshi enseignait des techniques longues avec un maximum de rapidité, et surtout des positions très basses pour garantir une plus grande puissance et une stabilité dans les déplacements.

Taiji Kase racontait que ses sempaï lui disaient qu'une grande révolution du  Karate  avait été réalisé par Yoshitaka. Il développait un Karate plus rapide, plus fort, plus dynamique. Le Sensei Yoshitaka cherchait la réalité grâce au concept de O-Waza (technique de longue distance) avec le maximum de puissance et de vitesse.

Après guerre, Taïji Kase obtint une licence en économie et se consacra au karate. Sensei Verbeeck nous précise qu'à cette période son maître avait trouvé un travail chez un éditeur. Mais cet emploi, Taïji Kase l'avait accepté un peu sous la contrainte, car être instructeur de Karate n'était pas toujours bien vu dans la société japonais, et notamment dans la famille de celle qui deviendra sa femme.

Mais très vite le maître se consacra au karate en devenant instructeur de combat à la Japan Karate Association (JKA), notamment travaillant avec les maître Enoeda et Shiraï. Taïji Kase était un combattant hors du commun et rien ne semblait pouvoir le destabiliser, que ce soit en compétition ou dans des combats réels lorsqu'il relevait les défis lançaient par d'autres pratiquants d'art martiaux.

Une mission pédagogique, former des Karatekas en Europe

Après de nombreuses missions d'enseignement à travers le monde et notamment en Afrique du Sud, maître Kase et sa famille choisissent le France comme destination. La passion du maître pour les grands philisophes français du siècle des lumières n'a pas été étranger à ce choix. Arrivé en France en 1967, accueilli par Henri Plée (à l'époque le représentant du karate en France), maître Kase a très vite multiplié les stages de formation dans l'Hexagone. À travers cette mission, il s'agissait aussi pour lui de servir son pays le Japon, en étant ambassadeur pour la diffusion d'un patrimoine culturel qu'est le "budo". C'est lors d'un de ces stages de formation que Sensei A.Verbeeck le rencontra en 1968. Sensei Verbeeck nous confirme que les entraînements étaient durs et particulièrement ce premier entraînement, une semaine combat, une semaine kata. "Je me souviens d'un stage où nous avions tout donné. Avec les coups que nous nous infligions, j'étais revenu avec de belles couleurs", précise A.Verbeeck.

 

Souvenirs avec la famille Kase

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